En 2010, Alibaba avait un problème. Le Singles' Day — leur Black Friday à eux — générait un trafic que personne n'avait jamais vu. Des millions de transactions par seconde. Leurs bases Oracle RAC, sur lesquelles ils dépensaient des dizaines de millions de dollars en licensing, ne suivaient plus. La solution classique aurait été d'acheter plus d'Oracle. Alibaba a choisi d'en construire une autre.

Cette "autre", c'est OceanBase. Et dix ans plus tard, elle a fait quelque chose que personne n'attendait : elle a battu le record du monde TPC-C avec 707 millions de tpmC (transactions par minute), sur un cluster de plus de 1 500 nœuds. Oracle n'a même pas soumis de benchmark. Ce n'est pas un détail technique. C'est un séisme géopolitique.

Le TPC-C : pourquoi ce benchmark compte (et pourquoi il ne compte pas)

Le TPC-C est le benchmark de référence pour les bases de données OLTP. Il simule un environnement de vente en gros : commandes, livraisons, paiements, vérification de stock. Ce n'est pas parfait — aucune charge réelle ne ressemble exactement au TPC-C — mais c'est le seul benchmark standardisé, audité, et reproductible. Quand quelqu'un bat le record TPC-C, ce n'est pas une annonce marketing. C'est un résultat vérifié par un tiers.

707 millions de tpmC. Pour mettre ça en perspective, le précédent record — détenu par... personne d'autre qu'OceanBase lui-même en 2019 avec 608 millions — était déjà impressionnant. Mais le vrai chiffre à regarder, c'est le rapport prix/performance. OceanBase a atteint ce résultat à 0,98 yuan par tpmC. Les solutions Oracle équivalentes coûtent typiquement 5 à 10 fois plus cher pour un throughput inférieur.

Maintenant, soyons honnêtes : le TPC-C ne prouve pas qu'OceanBase est meilleure qu'Oracle pour votre charge. Votre charge n'est pas le TPC-C. Mais ce que ça prouve, c'est que la technologie existe, qu'elle scale, et qu'elle a été auditée. Le mur psychologique — "seuls Oracle et IBM peuvent faire du OLTP à l'échelle" — est tombé.

L'architecture : Paxos, pas juste du sharding

La plupart des bases distribuées font du sharding simple : on coupe les données en morceaux, on les distribue, et si un nœud tombe, on perd les données qui étaient dessus. OceanBase ne fonctionne pas comme ça. Elle utilise le protocole Paxos pour la réplication consensus.

Concrètement, chaque partition de données (appelée "tablet") est répliquée sur au moins 3 nœuds. Paxos garantit qu'une écriture est confirmée uniquement quand la majorité des réplicas l'a acceptée. Donc sur 3 réplicas, il en faut 2 sur 3. Si un nœud tombe, les deux autres continuent. Pas de failover manuel, pas de split-brain, pas de données perdues. C'est la même approche que Google Spanner ou CockroachDB, mais optimisée pour des charges OLTP pures.

Là où OceanBase se distingue, c'est dans son modèle multi-tenant. Une seule instance OceanBase peut servir des dizaines de bases logiques, chacune isolée en termes de ressources (CPU, mémoire, I/O). C'est conçu pour le cloud dès le départ — parce qu'Alibaba Cloud en est le premier client.

-- OceanBase supporte le dialecte MySQL ET Oracle
-- Mode Oracle :
SELECT /*+ parallel(4) */ order_id, customer_id, total_amount
FROM orders
WHERE order_date >= TO_DATE('2025-01-01','YYYY-MM-DD')
  AND status = 'SHIPPED'
ORDER BY total_amount DESC;

-- Le planificateur distribue automatiquement
-- la requête sur les partitions concernées

PostgreSQL et Oracle dans le même moteur

À partir de la version 4.0, OceanBase a introduit un mode de compatibilité Oracle. Pas une émulation limitée — un vrai moteur qui comprend le PL/SQL, les packages, les sequences, les triggers, les types personnalisés. Pour une entreprise qui veut sortir d'Oracle sans réécrire 15 ans de PL/SQL, c'est une option que personne d'autre n'offre à ce niveau.

PostgreSQL, en comparaison, a des outils de compatibilité Oracle (ora2pg pour la migration, des extensions comme orafce), mais le runtime reste PostgreSQL. Les packages Oracle complexes, le PL/SQL avancé, les DBMS_* packages — tout ça doit être réécrit. OceanBase vise la compatibilité binaire au niveau du langage. Ce n'est pas parfait (certains packages DBMS_* ne sont pas supportés), mais c'est bien plus proche que n'importe quelle alternative open-source.

Le soft power : pourquoi ça va au-delà de la technique

Voici la partie que personne n'analyse. OceanBase n'est pas qu'un produit technique. C'est un instrument de souveraineté technologique. La Chine a compris quelque chose que l'Europe met du temps à intégrer : dépendre d'un fournisseur unique américain pour l'infrastructure critique, c'est accepter une vulnérabilité stratégique.

Quand les sanctions américaines ont coupé Huawei de ses fournisseurs de chips, le message a été clair pour tout le monde : la technologie que vous achetez n'est jamais vraiment vôtre. Oracle, Microsoft, IBM — ce sont des entreprises américaines soumises au droit américain. L'OFAC peut, par décret, couper l'accès à n'importe quel logiciel américain pour n'importe quelle entité, n'importe où dans le monde.

La Chine a réagi en construisant ses propres bases de données. OceanBase, TiDB, GaussDB (Huawei), PolarDB (Alibaba) — un écosystème complet est né en moins de 10 ans. Et maintenant, ces produits commencent à s'exporter.

Pourquoi l'Afrique et le Moyen-Orient devraient regarder vers l'Est

Voici mon opinion, et elle est délibérément provocatrice. Les entreprises africaines et du Moyen-Orient qui choisissent leur stack database aujourd'hui font un choix binaire implicite : Oracle/Microsoft (coûteux, soumis au droit américain) ou open-source occidental (PostgreSQL/MySQL, gratuit mais avec un support communautaire).

Il y a une troisième voie. OceanBase, TiDB, et les bases distribuées chinoises offrent quelque chose d'unique : le coût de l'open-source avec le support commercial d'un vrai vendor, et une architecture pensée pour l'échelle dès le départ. Pour une banque tunisienne qui traite 2 millions de transactions par jour, pour une plateforme e-commerce marocaine qui veut scaler sans multiplier les licences par 10, pour un opérateur télécom égyptien qui veut réduire sa dépendance vendor — ces options méritent d'être évaluées.

Je ne dis pas que OceanBase est la bonne réponse pour tout le monde. Le support francophone est limité. La documentation en anglais s'améliore mais reste inégale. L'écosystème d'outils tiers (BI, ETL, monitoring) est moins mature que l'écosystème Oracle ou PostgreSQL. Mais ignorer ces technologies par réflexe — "c'est chinois, donc c'est risqué" — c'est se priver d'options qui pourraient être économiquement et techniquement supérieures.

La réalité du terrain : ce que ça change pour vous

Si vous êtes une entreprise qui tourne sur Oracle aujourd'hui, voici ce que OceanBase change dans votre équation :

Mais il y a des contreparties réelles :

Le verdict

OceanBase n'est pas un remplacement drop-in pour Oracle. Ce n'est pas non plus un PostgreSQL amélioré. C'est une catégorie à part : une base distribuée, Paxos-based, avec compatibilité Oracle, conçue pour l'échelle dès le premier jour. Le record TPC-C n'est pas une curiosité — c'est la preuve que l'architecture tient.

Pour les entreprises de notre région, la question n'est pas "est-ce qu'OceanBase est parfaite ?" Aucune base ne l'est. La question est : "est-ce que je continue à payer 10 fois plus cher pour une solution dont le principal avantage — la confiance historique — est de plus en plus contesté par des résultats mesurables ?"

C'est une question que chaque DSI devrait se poser. Et c'est exactement le genre de question que nous aidons nos clients à trancher — avec des benchmarks réels, pas avec des slides marketing.

Et vous ?

Vous utilisez Oracle ou SQL Server et vous vous demandez si une alternative open-source est viable pour votre charge ? Aprilium audite votre base et vous dit honnêtement si OceanBase, PostgreSQL, ou SQL Server est le bon choix pour vous.

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